A Saint-Denis, exigeons d’être respecté.e.s

Encore une fois Bernard de La Villardière nous fait l’honneur d’un reportage sur les quartiers populaires. Ces endroits qu’il fantasme, et où il ne va et vit surtout pas.

Dès le départ on le sait, tous les ingrédients sont réunis pour passer une bonne soirée anxiogène : musique, montage, invité.e.s trié.e.s sur le volet.

J’ai su que nous allions être passé.e.s au karcher lorsque l’une des journalistes demande dans un hôpital si les violences sont « propres à Saint-Denis ». Ça sent pas du tout la question orientée, et si on veut avoir des chiffres, on les demande à celles et ceux qui les fournissent. Non, là elle demande au médecin, qui répond que ce n’est pas « propre à Saint-Denis , mais que c’est très fréquent ». Il  laisse entendre que c’est plus souvent qu’ailleurs se basant sur son ressenti, la journaliste laisse passer.  C’est juste malhonnête.

En passant, demander à un médecin de nous éclairer sur l’insécurité ça revient à m’interroger si on veut connaitre le fonctionnement du système solaire.

Ensuite on a droit à quelques clichés – encore –  sur « le grand remplacement » qui serait opéré par les musulman.e.s de Saint-Denis, comme si  l’immense majorité d’entre eux n’étaient pas français. Comme s’il était interdit d’être français et manger halal ce qui semble déranger alors qu’on peut manger non halal dans d’autres commerces et surtout sur le marché, où s’entassent charcutiers, boucheries chevalines, fromagers, traiteurs etc…

Quand on connait et qu’on aime sa ville, on sait qu’on est loin du péril musulman décrit dans le reportage avec le concours de quelques habitant.e.s.

D’ailleurs, la séquence de la vinothèque semble bien orchestrée afin de démontrer qu’il y a d’un côté les vrais, les habitant.e.s de Saint-Denis les « de souche » et les autres qui sont là mais un peu en trop, et surtout trop nombreux, « on n’est plus dans l’équilibre » entend-on lors de cette séquence.  Faut-il instaurer un quota ? Combien d’arabes de noir.e.s, de rroms ?

J’étais à l’inauguration de la vinothèque, un bel endroit à 100m d’un lieu de culte musulman.  Il m’arrive d’y aller. Et Il m’arrive aussi d’aller chez des commerçants musulmans pour par exemple y acheter de la viande ou de la menthe.  Du coup je suis dans quelle catégorie ? Les bons ou les mauvais ? Je suis un bon dionysien ou un envahisseur ?

Quand il est question des entreprises, là encore c’est sous l’angle sécuritaire avec des salarié.e.s bunkérisé.e.s . Pas un mot sur la charte entreprise territoire signée par des dizaines d’entreprises et qui a permis l’embauche de plusieurs milliers de personnes sur le territoire de Plaine Commune.

Pas un mot sur les milliers de personnes qui réussissent dans leurs études, dans leurs vies professionnelles, dans  leurs différents projets, non rien de tout ça, une négation totale, un mépris incommensurable.

Ce reportage avait un angle clair. Non pas montrer  « les deux visages de Saint-Denis » mais bien un seul d’entre eux. Et déformé qui plus est. On y a parlé de délinquance, de laïcité attaquée, de commerces islamisés, de malheureux propriétaires spoliés par la municipalité…

L’autre visage était donc totalement était absent, celui du monde associatif et des solidarités, celui des politiques municipales en terme de santé, de culture, d’éducation, d’environnement…, celui des citoyen.ne.s et militant.e.s engagé.e.s et attaché.e.s à leur ville.

Non de tout ça il n’a pas été question parce-que dès le départ il n’a jamais été question de montrer Saint-Denis telle qu’elle est. Certes avec ses difficultés, mais aussi avec ses énergies, ses réussites, ce qui la rend à ce point attachante pour des milliers d’habitant.e.s.

Dans ce reportage, certain.e.s des intervenant.e.s qui apparaissent clairement en opposition à la ville telle qu’elle est, apparaissent comme des citoyens lambda. Or, comme l’a rappelé un journaliste de Buzzfeed, ces personnes sont connu.e.s pour être ou avoir été des opposant.e.s politiques notamment proches du PS, dans l’opposition municipale.

M6 a donc  présenté ces militant.e.s comme des citoyen.ne.s lambda. Ces personnes ont le droit de s’opposer à la municipalité, mais il aurait été honnête de préciser leur pedigree, et de ne pas avancer masqué.

Les réactions attristées de certaines personnes proches du PS local posent néanmoins question.

Quand on passe le plus clair de son temps à réduire la ville à un dépotoir et à un coupe-gorge à ciel ouvert, on ne vient pas feindre l’étonnement devant le traitement médiatique qui découle de l’image donnée de la ville.  Ce n’est pas cohérent, et surtout il est trop tard, et ils sont co-responsables de ce matraquage des médias. Le tout alors que le gouvernement, leurs ami.e.s ont sacrifié la ville et notamment ses services publics ; éducation, postes, sécurité…

Parce-que leur seul objectif est de prendre la ville, jamais ils ne la valorisent.

Ce reportage les arrange peut-être, car mis à part la tribune d’un militant PS, que le député a partagée, aucune déclaration des élu.e.s PS de Saint-Denis, ni du député, ni du PS local n’est venu condamner cet odieux reportage. Toujours rien 48h après.

Le communiqué du maire de Saint-Denis lui était connu dès le lendemain de l’émission.

Après ce qu’a vécu la ville, les attentats, l’assaut du Raid, la stigmatisation médiatique et politique… la ville aspirait tout simplement au respect, mais visiblement c’était trop demander.

 

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