Après avoir vu ou revu la Palestine occupée, occupons nous tous de la Palestine


Nous sommes donc revenus de Palestine occupée ce 15 avril 2009. Nous faisions partie de la délégation « un avion pour la paix » co-organisée par l’ANECR  et l’AJPF . Une délégation de 108 personnes, élus locaux français pour la majorité, artistes et personnalités, citoyens avant tout. Pour certains ce fut la première fois. Pour d’autres et c’est mon cas, ce fut une autre immersion dans ces territoires militairement spoliés et occupés par l’Etat d’Israël.

La première chose que nous nous devons de dénoncer ici est le racisme d’Etat auquel nous sommes confrontés lorsque nous arrivons en Israël. Nous, c’est les français d’origine étrangère, dont le nom est à consonance maghrébine, et qui laisse penser que nous pourrions même être musulmans… Nous seuls, de toute la délégation, avons été retenus pour interrogatoire poussé, tout sauf une coïncidence. 

Quand la police vous demande si vous êtes juif avant de vous laisser ou non entrer sur le territoire de « la plus grande démocratie du Moyen Orient », on mesure le chemin à parcourir pour atteindre la démocratie.

Près de deux heures de vérifications et de contrôles divers ont été nécessaires avant de finalement nous laisser entrer, nous les six basanés. Le coup de téléphone du Consul de France n’est pas étranger à notre entrée « rapide » sur le territoire israélien, sachant que notre qualité d’élus locaux n’a aucune espèce d’importance pour le gouvernement. C’est à se demander, pour qui est déjà venu, si Israël d’ailleurs ne fait pas tout pour décourager les candidats au voyage en Palestine et pour alimenter le ressentiment envers lui.

Une fois ce racisme d’Etat constaté, nous allons pendant ces quelques jours nous imprégner de la réalité de la vie quotidienne dans les territoires palestiniens occupés. 

Cette réalité sera partielle en ce qui nous concerne car nous n’avons pu pénétrer dans Gaza, et constater les conséquences du blocus et de l’attaque massive d’Israël contre la population de cette prison à ciel ouvert.

Lors de ce séjour, que ce soient les rencontres officielles avec les responsables de l’Autorité palestinienne, ou celles avec Fadwa KADER et Fadwa BARGHOUTI, respectivement responsable du PPP (PC palestinien) et épouse de Marwan BARGHOUTI, membre éminent du Fatah injustement emprisonné par Israël, ou celles avec le Maire communiste arabe israélien de Nazareth et les responsables des camps de réfugiés de Bethléem et Ramallah jumelés avec des villes françaises, ou encore la rencontre avec les pacifistes israéliens, il ressort une très grande émotion et des convictions renforcées. 

Les palestiniens, à tous les niveaux, sont viscéralement attachés à obtenir leur Etat, conformément aux résolutions internationales. Malgré les humiliations quotidiennes qu’ils subissent de la part de l’armée israélienne d’occupation, mais aussi de la part des colons que l’armée protège et encourage, ils continuent de vouloir cette paix, auprès de leur voisin israélien.

Malgré la colonisation qui s’accélère, surtout à Jérusalem-Est où les colons, avec la bénédiction de la municipalité, ont décidé de chasser et expulser les populations arabes. Malgré ce mur qui les emprisonne, cette impunité insupportable dont jouit Israël, malgré tout cela, ce peuple reste plus que jamais debout. Plus que jamais déterminé à ce que ses droits soient enfin reconnus.

Les élus de la République française que nous sommes, n’ont pu sur place que constater la lâcheté de la communauté internationale, qui préfère payer et reconstruire les infrastructures volontairement détruites par l’occupant, plutôt que tenir tête et demander des sanctions contre Israël.

Des sanctions qui doivent aller de pair avec l’arrêt de la posture que certains ont érigé comme dogme à savoir qu’on ne peut qualifier Israël de pays criminel et demander à ce qu’il soit durement sanctionné pour crimes de guerre. En effet il faut avoir le courage de dire la vérité. Pour la dire, mieux vaut aussi être allé sur place, dans le cas contraire, on est forcément en deçà de cette vérité. 

Il faut aller sur place pour se rendre compte de la responsabilité historique d’Israël, dans le sort qui est fait aux palestiniens. Les conditions de vie qui leurs sont réservées sont indignes d’un Etat qui se prétend démocratique. En tout état de cause, des sanctions économiques majeures sont nécessaires, sans tarder. A commencer par la suspension de l’accord privilégié UE-Israël, conditionné par le respect des droits humains, bafoués chaque jour, chaque heure, dans les territoires occupés. L’Europe, premier fournisseur d’Israël ne peut continuer à fermer les yeux, et se rendre complice de cette occupation, car comment ne pas interpréter le silence européen comme un blanc seing donné à Israël ?! 

La politique du fait accompli rend quant à elle plus qu’hypothétique un futur Etat palestinien viable, les colonies, le mur, sont autant de freins à la coexistence de deux Etats.

Nous avons promis aux palestiniens et israéliens rencontrés sur place qu’à notre retour nous témoignerions de ce que nous avons vu, vécu.

Nous le ferons, nous le faisons déjà.

Une chose est sûre, on ne peut revenir de Palestine occupée sans être profondément bouleversé et choqué. Aucun mot ne peut traduire la situation sur place. J’encourage toutes et celles et ceux qui sont attachés aux droits humains fondamentaux et aux libertés à se rendre sur place comme j’encourage les collectivités locales à établir des coopérations avec des camps et des villes et villages palestiniens. J’encourage les associations et les citoyens attachés à cette juste cause, à redoubler d’efforts.

Je rêve, pour la Palestine, d’une gauche française unie, d’une Europe courageuse qui sache rappeler le droit aux israéliens. Je suis à ce titre fier des positions et de l’engagement sans faille de mon parti, le PCF, pour un Etat palestinien souverain.

Que le monde sache que notre détermination est aussi grande que la dignité de ce peuple.

 

 

Madjid MESSAOUDENE

 

Conseiller municipal de Saint-Denis, ville jumelée av
ec le camp de Rafah (Gaza) et avec la ville de Nazareth (Israël). 

 

16 avril 2009

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